C’est à plusieurs qu’on apprend tout seul

Mon parcours est quelque peu singulier puisque, enfant, j’ai profondément détesté l’école.

Peut-être est-ce dû à la posture de mes enseignants et enseignantes qui méprisaient la pensée et rejetaient la parole des élèves dont ils avaient la responsabilité. Peut-être aurais-je dû davantage m’adapter et ne pas questionner cette absence d’éthique professionnelle ?

Pour autant, j’ai toujours placé l’éducation au centre de mes valeurs pour sa visée émancipatrice. Porté par une volonté de contribuer au changement et sûr d’être en accord avec les valeurs de notre institution, j’ai décidé de devenir « instituteur », celui qui institue, et apporter ma pierre à cette structure sociale et politique appelée Education nationale.

Placer l’élève au centre du système éducatif et permettre à chacun de devenir auteur de ses apprentissages au sein d’un parcours scolaire adapté m’a conduit à penser l’enseignement autrement. L’individualisation du travail n’étant possible, à mes yeux, qu’en se décentrant et en organisant la coopération en classe, c’est par nécessité que je me suis tourné vers les pédagogies développées par Célestin FREINET et Fernand OURY.

Ma pratique a dès lors pris appui sur les principes suivants :

– Faire de l’hétérogénéité des élèves une richesse en enseignant en classe de cycle « multi-âges » afin de multiplier les personnes ressources ;

– Former véritablement les élèves à l’entraide (ne pas donner des solutions, faire verbaliser son camarade, travailler sur des exemples, etc..) ;

– A partir d’un plan de travail hebdomadaire, mettre en œuvre des entrainements individualisés guidés par les ceintures de compétences validées par l’enseignant. Ainsi chaque élève s’entrainait à la maitrise de compétences reconnues de son niveau par les couleurs de ceintures ;

– Faciliter l’entraide sur des temps informels durant lesquels les enfants rencontrant des difficultés pouvaient solliciter l’aide de camarades reconnus experts (à l’aide d’un affichage recensant les compétences de chaque élève dans chaque domaine scolaire) ;

– Proposer des activités coopératives et fédératrices autour de projets portés par le groupe classe ou des groupes d’élèves (conférences d’élèves, textes libres, conseils de classe, jeux coopératifs, etc…).

J’ai ainsi, durant 10 années, préparé la classe pour faire de cette mini société, un endroit de repères, de sécurité, de vie, d’échanges, de débats, d’engagements, d’initiatives, d’égalité des chances, de coopération, de construction des futurs citoyens où c’était à plusieurs que l’on apprenait seul.

Une question reste cependant en suspens : combien de mes élèves deviendront professeurs des écoles et pourquoi ?…..

Jérôme François
IEN Mâcon Nord